On l'a tous entendu, souvent sous une autre forme : « huit verres par jour ». Le chiffre a fini par devenir une sorte de devoir, avec ses gourdes graduées heure par heure et ses rappels sur le téléphone. Avant de culpabiliser devant une bouteille à moitié pleine à 18 h, il vaut la peine de regarder d'où sort ce repère.
Une phrase oubliée en 1945
La piste la plus souvent citée remonte à une recommandation américaine de 1945, publiée par le Food and Nutrition Board. Le texte estimait qu'un adulte avait besoin d'environ 2,5 litres d'eau par jour. La phrase suivante, elle, a moins circulé : la plus grande partie de cette quantité, disait-elle, est déjà contenue dans les aliments préparés.
La deuxième moitié de la phrase s'est perdue en route. Il est resté un chiffre rond, à boire. En 2002, le physiologiste Heinz Valtin a passé en revue la littérature scientifique à la recherche d'une preuve en faveur des « huit verres ». Il n'en a pas trouvé, du moins pour des adultes en bonne santé vivant sous un climat tempéré.
Ce que disent les repères actuels
L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé en 2010 des apports jugés suffisants en eau totale : environ 2 litres par jour pour une femme adulte, 2,5 litres pour un homme. Le mot important est « totale ». Ces volumes comprennent l'eau des boissons et celle des aliments.
Or l'assiette en apporte plus qu'on ne l'imagine, en général autour de 20 % du total. Un concombre ou une pastèque, c'est plus de 90 % d'eau. Une soupe, un yaourt, des pâtes cuites, un fruit au dessert : tout cela compte.
Si l'on retire cette part alimentaire, il reste un peu plus d'1,5 litre à boire pour une femme et environ 2 litres pour un homme. Les repères nutritionnels français parlent depuis longtemps d'environ 1 à 1,5 litre de boissons par jour, en privilégiant l'eau. On retombe sur le fameux chiffre, mais avec une marge de souplesse que les gourdes graduées oublient.
Le café compte-t-il ?
C'est une idée tenace : le café et le thé « déshydrateraient » et ne compteraient pas. À doses habituelles, ce n'est pas ce que montrent les études. Une tasse de café ou de thé apporte surtout… de l'eau. La caféine a un léger effet sur les reins, mais il reste modeste chez les personnes qui en boivent régulièrement. Les boissons sucrées et l'alcool, en revanche, ne sont pas de bons candidats pour couvrir ses besoins, pour d'autres raisons.
La soif, un indicateur sous-estimé
Chez un adulte en bonne santé, le corps régule très finement son eau. Quand il en manque un peu, la soif se déclenche, bien avant qu'un véritable manque ne s'installe. Boire quand on a soif, et prévoir un verre aux repas, suffit dans la plupart des cas.
Un repère simple, souvent cité : des urines jaune pâle dans la journée. Très foncées et rares, c'est en général le signe qu'il est temps de boire un peu plus.
Il existe des situations où il vaut mieux anticiper plutôt que d'attendre la soif :
- les fortes chaleurs, où les pertes par la transpiration augmentent nettement ;
- l'effort physique prolongé, surtout en plein air ;
- l'avancée en âge, car la sensation de soif s'émousse chez beaucoup de personnes âgées ;
- la grossesse et l'allaitement, pour lesquels l'EFSA prévoit des apports un peu plus élevés.
Robinet ou bouteille ?
La question revient souvent, et la réponse est plutôt simple. En France, l'eau du robinet est l'un des aliments les plus surveillés : elle fait l'objet de contrôles réguliers, dont les résultats sont publics et consultables commune par commune. Si le goût de chlore gêne, une carafe laissée quelques heures au réfrigérateur suffit en général à l'atténuer.
Les eaux en bouteille ont chacune leur composition, plus ou moins riche en minéraux, et l'étiquette l'indique. Varier de temps en temps n'a rien de gênant. L'essentiel, pour le sujet qui nous occupe, reste de boire, peu importe d'où vient l'eau.
Et trop boire ?
C'est rare, mais ça existe. Avaler plusieurs litres en peu de temps, sans raison particulière, n'apporte rien de plus et oblige surtout les reins à travailler. Les cas sérieux restent exceptionnels et concernent surtout des situations extrêmes, comme certaines épreuves d'endurance où l'on boit beaucoup plus qu'on ne transpire. Pour la vie de tous les jours, l'excès de zèle n'a simplement pas d'intérêt.
Au quotidien, concrètement
Un verre au lever, un aux repas, de quoi boire à portée de main au bureau, et un peu plus quand il fait chaud ou qu'on bouge : c'est souvent tout ce qu'il faut. Le chiffre de 1,5 litre est un ordre de grandeur utile, pas un compteur à remplir avant minuit.
« Il faut boire même sans soif, sinon c'est déjà trop tard. »
« Les fruits, les légumes et la soupe participent à l'hydratation. »
« Le café ne compte pas du tout. »
Sources
- EFSA, Scientific Opinion on Dietary Reference Values for water, 2010.
- H. Valtin, « Drink at least eight glasses of water a day. Really? », American Journal of Physiology, 2002.
- Santé publique France, repères nutritionnels (mangerbouger.fr).