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Fruits le soir, mythe ou vraie question ?

« Pas de fruit après le dîner, ça fermente. » La phrase se transmet de table en table, parfois avec l'aplomb d'une loi de la physique. Elle mérite qu'on la regarde de près, parce qu'elle mélange une idée reçue et une vraie question de confort.

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La réponse courte

Rien n'interdit de manger un fruit le soir. Il ne « pourrit » pas dans l'estomac et n'apporte pas plus d'énergie à 20 h qu'à midi. En revanche, certains fruits passent moins bien chez certaines personnes juste avant le coucher : c'est là que la question devient individuelle.

Il est 21 h, le dîner est terminé, et une clémentine fait de l'œil depuis la corbeille. Dans beaucoup de familles, quelqu'un lève alors un sourcil : un fruit, à cette heure-ci ? Comme si la corbeille changeait de statut à la tombée de la nuit. D'où vient cette méfiance, et que reste-t-il de vrai quand on la gratte un peu ?

Le mythe du fruit qui fermente

L'idée la plus répandue tient en une image. Le fruit mangé après un repas resterait coincé « au-dessus » des autres aliments, attendrait sagement son tour, et finirait par fermenter dans l'estomac. Elle circule beaucoup, notamment dans certaines théories de « combinaisons alimentaires » qui recommandent de manger les fruits seuls, à jeun.

Le problème, c'est que l'estomac ne fonctionne pas comme une file d'attente à la poste. Il brasse son contenu, le mélange aux sucs digestifs et le vide progressivement vers l'intestin. Son milieu est très acide, ce qui laisse peu de chances aux bactéries d'y faire fermenter quoi que ce soit en quantité. La fermentation existe bel et bien, mais beaucoup plus loin, dans le gros intestin. Et elle concerne les fibres et certains sucres, quelle que soit l'heure à laquelle on les a mangés.

Le sucre du soir fait-il grossir ?

Deuxième argument : les fruits sont sucrés, et le sucre du soir « se stockerait » davantage. Une pomme apporte pourtant la même énergie à 20 h qu'à 10 h. Ce qui compte pour le poids, c'est d'abord l'ensemble de ce qu'on mange et de ce qu'on dépense, sur la journée et sur les semaines.

Des chercheurs étudient l'influence de l'horloge interne sur la façon dont l'organisme gère les repas, et certains travaux suggèrent que manger très tard, de façon régulière, n'est pas idéal. Mais ces études portent sur des repas entiers et des horaires décalés, pas sur une poire au dessert. Entre une poire et une part de fondant au chocolat, le choix le plus léger ne demande pas un doctorat.

« il va fermenter dans l'estomac ! » « le sucre du soir, ça se stocke ! » la vraie question : le confort de chacun idée reçue idée reçue
Deux idées reçues, et une question qui mérite vraiment d'être posée.

La vraie question : le confort

Là où le sujet devient intéressant, c'est côté confort. Certains fruits sont riches en fructose ou en sorbitol naturel, comme la pomme, la poire, la prune ou les fruits secs. Chez une partie des gens, ces sucres sont mal absorbés, arrivent dans le côlon et y produisent des gaz. Pris juste avant de se coucher, ils peuvent donner une nuit un peu ballonnée.

Les agrumes et les fruits très acides gênent aussi certaines personnes quand elles s'allongent peu après les avoir mangés. Ce n'est pas une règle générale, plutôt une observation que chacun peut faire pour lui-même. Si un kiwi au dîner passe très bien et qu'une grosse poire à 22 h laisse le ventre en vrac jusqu'au matin, la réponse est trouvée : on garde le kiwi.

Les repères, eux, ne regardent pas l'heure

Les recommandations du PNNS conseillent au moins cinq portions de fruits et légumes par jour, une portion correspondant à 80 à 100 g, soit à peu près la taille d'un poing. Elles ne fixent aucun horaire. Un fruit le matin, un au goûter, un au dessert du soir : toutes les combinaisons comptent.

Le PNNS range en revanche les jus de fruits parmi les boissons sucrées, à limiter à un verre par jour. Le fruit entier, celui qu'on épluche ou qu'on croque, reste la forme la plus intéressante, à n'importe quelle heure.

En 1866, la revue britannique Notes and Queries recueillait un dicton du Pembrokeshire, au pays de Galles : « Eat an apple on going to bed, and you'll keep the doctor from earning his bread. » Une pomme au coucher, et le médecin n'a plus de quoi gagner son pain. Le dicton est devenu le célèbre « an apple a day », et l'heure du coucher s'est perdue en route.

Au quotidien, sans se compliquer

Pour qui aime finir le dîner sur une note fraîche, rien n'empêche de garder le fruit. Ceux qui se sentent ballonnés peuvent essayer quelques ajustements de bon sens : laisser passer un moment entre le dessert et le coucher, préférer une portion raisonnable à un grand saladier, ou tester différents fruits pour voir lesquels passent le mieux. La compote et les fruits cuits sont parfois mieux tolérés par les ventres sensibles.

Pour les autres, c'est encore plus simple. Le bon moment pour manger un fruit est souvent celui où il fait envie, et une clémentine à 21 h reste une clémentine.

D'où vient alors cette méfiance ?

Difficile de dater précisément la naissance de la règle. Elle s'est surtout diffusée par les livres de régimes et le bouche-à-oreille, avec ce petit vernis de logique qui rend une idée crédible : le fruit est léger, le repas est lourd, donc l'un doit attendre l'autre. Ajoutez une soirée inconfortable après une assiette de cerises, et la règle semble confirmée par l'expérience. Sauf que la même assiette, au goûter, aurait sans doute produit le même effet.

Faux
« Un fruit après le repas fermente dans l'estomac. »
Faux
« Les fruits font plus grossir le soir que le matin. »
Vrai
« Certains fruits peuvent ballonner, quelle que soit l'heure. »

Sources

  • Santé publique France, recommandations alimentaires 2019 (mangerbouger.fr).
  • Anses, Actualisation des repères du PNNS : révisions des repères de consommations alimentaires, 2016.
  • Notes and Queries, février 1866, « A Pembrokeshire proverb ».

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