Commençons par une nouvelle rassurante : tout le monde se réveille la nuit. Plusieurs fois, même. La plupart de ces éveils durent quelques secondes et s'effacent de la mémoire avant le matin. Celui de 3 h a simplement le mauvais goût de durer assez longtemps pour qu'on le remarque.
Une nuit en escaliers
Le sommeil n'est pas un long tunnel uniforme. Il avance par cycles qui durent en moyenne 90 minutes, parfois un peu moins, parfois un peu plus. Une nuit complète en compte quatre à six. Chaque cycle descend vers un sommeil de plus en plus profond, puis remonte vers une phase de sommeil paradoxal, celle des rêves les plus vivants. Entre deux cycles, on frôle la surface.
Le détail qui compte : le sommeil profond se concentre surtout dans la première moitié de la nuit. Passé 2 ou 3 h, les cycles restent plus légers et laissent davantage de place au sommeil paradoxal. On remonte plus près de la surface, plus souvent. Un bruit, une envie d'aller aux toilettes, un partenaire qui se retourne, et l'éveil de quelques secondes devient un éveil de vingt minutes.
Pourquoi 3 h, et pas 2 h ou 4 h ?
L'heure exacte dépend surtout de celle du coucher. Quelqu'un qui s'endort vers 22 h 45 termine son troisième cycle autour de 3 h 15. Couché une heure plus tard, il aura plutôt rendez-vous avec le plafond vers 4 h. Le « 3 h du matin » est donc moins une heure magique qu'une moyenne : c'est le moment où beaucoup de gens arrivent au bout de leur part de sommeil profond.
Il y a aussi un effet de loupe. Un éveil à 1 h passe inaperçu, parce que le sommeil profond reprend vite le dessus. Celui de 3 h, plus léger, laisse le temps de regarder l'heure. Et une fois l'heure lue, on la retient.
Le corps prépare déjà le matin
Pendant la seconde moitié de la nuit, l'organisme commence doucement à préparer le réveil. La température du corps atteint son point le plus bas, puis remonte. Le cortisol, une hormone qui suit un rythme sur 24 heures, entame sa montée en vue du matin. Rien d'anormal là-dedans : c'est la mécanique ordinaire de l'horloge interne. Elle rend simplement le sommeil un peu plus fragile à cette heure-là.
Les coups de pouce qui n'aident pas
Certains facteurs rendent ces réveils plus probables. Le plus connu est le verre du soir. L'alcool aide parfois à s'endormir, mais il fragmente la seconde partie de la nuit, précisément celle qui nous intéresse ici. Un dîner très copieux ou très tardif, beaucoup de liquide juste avant le coucher, une chambre trop chaude jouent aussi.
Et puis il y a la tête. Les soucis de la journée ont tendance à refaire surface dans le calme de la nuit, quand rien ne vient les distraire. À 3 h, un petit problème prend facilement des proportions qu'il n'aura plus du tout à 9 h.
Un historien américain, Roger Ekirch, a retrouvé dans des textes anciens de nombreuses mentions d'un « premier sommeil » et d'un « second sommeil », séparés par un moment d'éveil au milieu de la nuit. Une partie de nos ancêtres semblait trouver ce réveil tout à fait banal.
Ce qui aide à se rendormir
Les spécialistes du sommeil donnent des conseils assez constants, qui ont l'avantage d'être simples :
- ne pas regarder l'heure : calculer combien de temps il reste avant le réveil est le meilleur moyen de rester éveillé ;
- garder la lumière basse et laisser le téléphone de côté ;
- si le sommeil ne revient pas au bout d'une vingtaine de minutes, se lever, faire quelque chose de calme dans une autre pièce, et revenir quand les paupières se font lourdes ;
- noter sur un papier la pensée qui tourne en boucle, pour la « poser » jusqu'au lendemain.
Dans la journée, le meilleur allié reste la régularité : se lever à peu près à la même heure, même le week-end, et prendre de la lumière naturelle le matin. L'horloge interne aime les habitudes.
Quand en parler
Se réveiller de temps en temps au milieu de la nuit fait partie de la vie. Si ces réveils deviennent la règle, plusieurs nuits par semaine, pendant des semaines, et que la fatigue de la journée s'en ressent, c'est une bonne raison d'en parler à un professionnel de santé. Il existe des approches efficaces pour retrouver de bonnes nuits.
« Une bonne nuit, c'est une nuit sans aucun réveil. »
« L'alcool du soir perturbe surtout la seconde moitié de la nuit. »
« Rester au lit en attendant finit toujours par marcher. »
Sources
- Inserm, dossier « Sommeil » (inserm.fr).
- Institut national du sommeil et de la vigilance (institut-sommeil-vigilance.org).
- A. Roger Ekirch, At Day's Close: Night in Times Past, 2005.